Élucubrations pédagogiques

17 Nov, 2010

Twitter en CP, premiers bilans

Posté par JR dans la catégorie Twitter

Voici quelques premières impressions sur l’utilisation de Twitter avec mes 24 CP. Pour mieux comprendre cet article, je vous suggère de lire les préparatifs à l’utilisation de Twitter par ici.

Tout d’abord, j’ai bien gardé à l’esprit une chose qui me paraît essentielle : veiller à ce que les enfants soient en situation d’apprentissage, et non juste en situation d’utilisation d’un outil technique, aussi novateur soit-il pour des enfants de 5-6ans.

Des réussites ?

Intégrer Twitter en classe fut beaucoup plus facile que je ne le pensais.

Techniquement, je n’ai pas eu de souci : mon ordinateur « traîne » toujours dans la classe, généralement projeté sur écran par un vidéo projecteur… Quelques ordinateurs portables tournent entre les classes, et sont équipés du logiciel Tweetdeck, ce qui permet de suivre la Timeline de la classe, les réponses ou les mentions.

Je croyais devoir m’encombrer d’un jargon technique avec les élèves, pour leur expliquer comment fonctionnait le système, mais il n’en fut rien ! Très naturellement, les enfants se sont prêtés au jeu d’écrire une petite phrase, de la communiquer, et ont pris plaisir à la voir sur le site de l’école, ou simplement sur la Timeline du logiciel. Et j’ai eu plus de mal à expliquer aux adultes (collègues, parents…) ce qu’est Twitter qu’à mes propres élèves !

Sur le plan de l’usage, taper directement sur Twitter ou sur Tweetdeck n’est pas la bonne solution, car les erreurs de frappe (inversion de lettres, espaces trop nombreux…) sont fréquentes, sans compter les erreurs de manipulations (« Monsieur, tout a disparu »). Nous utilisons donc désormais un « Google Document » en partage entre les ordinateurs sur lesquels les élèves préparent leur tweet dont l’orthographe a déjà été nettoyée par mes soins.
Dans tous les cas, c’est l’enfant qui envoie le tweet après un simple copier-coller, concrétisation de son travail.

La motivation à la production d’écrit est bien réelle : de nombreux élèves sont volontaires, en début de journée, pour être écrivains-journalistes. Jusqu’à Noël, je compte laisser le volontariat actif, quitte à en laisser sur le bord du chemin (d’autres situations de classe leur permettent d’écrire), mais dans la mesure du possible, j’essaie de faire passer chaque enfant. Je pense faire en 2011 un tour de « garde » obligatoire, avec place laissée à l’improvisation pour ceux qui voudraient écrire « gratuitement ».

Sur le plan de la gestion de la journée, concernant le « tweet du jour », j’essaie d’être exigeant avec le chronomètre : désigner dès le matin 2 écrivains, 2 rédacteurs et 2 copistes. Généralement, les écrivains sont en autonomie, avec la possibilité d’utiliser tous les outils de la classe (affiches, mots de lexiques, copains…). Lorsque leur production est phonétiquement valable, je la recopie en écriture cursive, et celle-ci est recopiée en capitales d’imprimerie sur la feuille qui permet de vérifier que les 140 caractères ne sont pas dépassés (j’avoue que ces derniers jours, j’ai sauté cette étape accessoire, mais qui permet cependant des apprentissages intéressants : correspondance entre les graphies scriptes et cursives, césure des mots…). Enfin, 2 copistes utilisent le clavier, et un peu à la fois, des « experts » apparaîssent dans la classe pour apprendre aux autres à faire des majuscules, des points, effacer, etc.

C’est dans ces moments-là que j’aime mon métier : voir qu’une situation que j’ai pu mettre en place de façon anodine devient vecteur d’apprentissages entre pairs !

Cependant, en utilisant Twitter comme un mini-blog, j’avais l’impression de ne pas utiliser toute la dimension sociale de l’outil.
Et c’est ce lundi dernier que tout s’est vraiment mis en route ; j’ai suggéré d’envoyer un tweet le matin donnant la date et la fête du jour (lues tous les matins dans le calendrier), puis nous avons mis en ligne quelques tweets préparés la semaine précédente sur le meilleur souvenir des vacances de Toussaint de chaque élève (je sais, c’est classique le coup de raconter ses vacances, mais mon objectif était de synthétiser son propos par un mot, en utilisant le hashtag).

Envoyer plusieurs tweets a permis beaucoup plus d’interactions qu’habituellement,  ce qui au passage a complètement déstabilisé la continuité de ma séance de maths ! « Monsieur, on a une nouvelle réponse » ! Et hop, l’une qui demande où nous habitons, l’autre qui demande avec quel livre nous apprenons à lire, etc…

Du bonheur à l’état pur : voir les enfants essayer de « faire chanter » les lettres pour déchiffrer et comprendre chaque tweet (je rappelle qu’on apprend à lire), entendre des élèves poser des questions sur le vocabulaire utilisé par d’autres élèves (RT @crotenaycycle3 : Voici un viaduc où on est passé avant) : « c’est quoi un viaduc ? » ; voir des élèves qui sont en difficulté graphique pouvoir écrire très simplement (et seul) une réponse, genre « j’ai 6 ans » (ça a l’air ridicule, mais quelle motivation !).

J’ai fait le choix, pour ces premières interactions, d’être très disponible, et de laisser tomber mon organisation un peu rigide ; un tweet ? on arrête ce qu’on fait, on le lit, puis un élève ou la classe y répond en dictée à l’adulte, ou un enfant s’isole pour écrire la réponse… Puis nous reprenons le cours normal de nos activités. Inutile de dire que ça sera vite ingérable si nous avons des dizaines de réponses à la fois ! Mais en même temps, c’est ce côté communication que je cherche pour provoquer les situations d’écriture et de lecture !

Des questions

Quelques interrogations très terre-à-terre subsistent, concernant le droit et la sécurité de l’utilisation de Twitter par des mineurs. Certes je contrôle tout, depuis ce qui est envoyé à ce qui est reçu, comme je peux le faire sur ce qui est publié ou reçu sur notre site d’école (il s’agit bien d’un compte commun à la classe, géré en classe, et non de comptes personnels ou de compte accessible en écriture depuis le domicile des élèves). J’ai noté cependant que l’utilisation de services d’hébergement de photos comme Plixi (intégrés d’office à mon Tweetdeck) sont interdits aux enfants de moins de 13 ans (« children under the age of 13 are not permitted to using the service. »). On va donc dire que c’est moi qui utilise ce service. Hum.

Deuxième questionnement, plus pédagogique : j’ai l’impression d’apporter beaucoup en « frontal ». Certes, le résultat est là : production, motivation, curiosité. Cependant, ne suis-je pas trop directif dans la découverte de l’outil ? Ne devrais-je pas laisser plus de temps aux enfants pour créer un besoin d’utilisation du réseau ? A vrai dire, si j’observe ma propre découverte de Twitter, son besoin d’utilisation est né de l’utilisation elle-même. J’en viendrais même à dire que Twitter est certainement inutile… mais que j’en ai besoin !

Quelques points sont à améliorer ou à travailler

  • intégrer chaque enfant dans la production écrite complexe ; à moi de trouver des astuces ou des situations motivantes pour donner l’envie aux enfants de passer chacun par ce stade d’écriture. Les interactions entre nos abonnés et le compte de la classe sont certainement le meilleur moyen d’y arriver.
  • poursuivre l’apprentissage des TICE : transférer des photos d’une carte SD à l’ordinateur, les mettre en ligne, faire un copier-coller, savoir où cliquer pour faire une réponse, accéder à un document Google Docs et le modifier (merci Google, les enregistrements sont automatiques).
  • il me semble nécessaire de faire une première approche de la sécurité sur le net. J’y réfléchis…

Enfin, cerise sur le gâteau, mes collègues commencent à être très curieuses du phénomène, et ma collègue de Grande-Section de maternelle va très certainement se servir de Twitter comme d’un cahier de vie, en passant principalement par la dictée à l’adulte. A suivre donc ! 🙂

Merci aux enfants/jeunes qui tweetent : @crotenaycycle3 @cp_chantereine @laderniereannee @derniereannee2
Merci aux adultes qui provoquent la discussion adaptée :  @2vanssay @SandrineCamus @rtlgrandest @cjouneau et les autres !

Et merci aux futurs interlocuteurs qui pourront provoquer des échanges intéressants !
Notre compte, c’est par ici : @Classe_Masson

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6 réponses à "Twitter en CP, premiers bilans"

1 | stefan

novembre 18th, 2010 at 22 h 59 min

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Merci beaucoup pour vos notes et ce blog sur le CP … plus particulièrement sur Twitter en CP … très fort ! ..
Cordialement.
Stefan (GS / CP / CE1) Chaourse 02

2 | André Cotte

novembre 19th, 2010 at 2 h 59 min

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Dire que j’en étais encore à me demander si Twitter pouvait être utile en classe du primaire.

Merci d’avoir pris le temps de détailler votre cheminement.

3 | chab'instit

novembre 21st, 2010 at 23 h 43 min

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C’est une super idée ! J’ai pas de cp cette année, dommage sinon j’aurais suivi ton exemple ! Bonne continuation à vous !

4 | magdmartin

décembre 13th, 2010 at 2 h 11 min

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Merci pour le partage de l’expérience, très enrichissant.

Pour l’aspect sensibilisation je peux vous conseiller ces ressources :
http://www.vinzetlou.net/vinz-et-lou-sur-internet/dessins-animes-du-mois

et

http://www.media-awareness.ca/francais/jeux/index.cfm

J’ai utilisé les versions anglaises cybercochons avec succès auprès d’un public un tout peu plus agé.

@magdmartin

5 | JR

décembre 13th, 2010 at 23 h 29 min

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Merci pour ces ressources. J’ai déjà le matériel « Vinz et Lou » en classe, sur DVD, et je pense bien m’en servir en 2011.
Justement, la semaine dernière, on a appris à bloquer les indésirables sur Twitter…

6 | ericvottero

décembre 16th, 2010 at 21 h 56 min

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Rebonsoir,
J’aurais du commencer par cet article et non le dernier…
Ma question y trouve en grande partie réponse.
Je vais donc pouvoir sérieusement y réfléchir pendant les vacances…
Zut, j’avais promis de me reposer :-))

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Beaucoup d'articles concernent mon expérience d'utilisation de Twitter au CP, mais d'autres articles devraient voir le jour prochainement :-)

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n. f., ouvrage composé à la lumière de la lampe, à force de veillées et de travail.

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Enseignant depuis plus de 13 ans, en CP à Dunkerque, je m'interroge sur mes pratiques et sur celles de divers collègues, afin de donner au temps d'école le meilleur rapport plaisir-apprentissage.

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